Un peu d'histoire

Le téléphone en France...

"M. Watson, veuillez venir dans mon bureau, je vous prie..."  Cette fameuse phrase prononcée le 10 mars 1876 par Alexander Graham Bell et transmise à son secrétaire par le biais de son appareil protopype lors d'une expérience fut le début de la transmission de la parole. C'est à partir de cette année-là qu'aux Etats-Unis le téléphone a commencé son développement, avec l'appui des compagnies télégraphiques.

En France, il n'en est pas de même. L'administration des Télégraphes porte peu d'intérêt à cette découverte. Elle estime que relier des abonnés entre eux ne relève pas de son domaine. L'administration des Télégraphes entreprend néanmoins des expériences de transmission entre le central télégraphique de Paris et un local avenue de Breteuil et ensuite entre Paris et Versailles. Quelques temps après, Adolphe Cochery alors sous-secrétaire d'Etat et responsable des Postes et Télégraphes, met en place un système de concession afin de développer le téléphone sur le territoire. Trois sociétés se portent candidates pour la création de réseaux téléphoniques. La première installe du matériel Gower sur son réseau. La deuxième société met en place du matériel Blake-Bell. La troisième utilise du matériel Edison.

En 1879, le ministère précise certaines conditions que les trois concessionnaires doivent respecter : 
- le tarif de l'abonnement doit être identique,
- l'exploitation doit rester sous le contrôle de l'Etat,
- l'installation du réseau (les fils d'abonnés) reste du domaine de l'administration des Télégraphes,
- chaque société doit donner à l'Etat 10% de son chiffre d'affaires annuel.

Le 3 avril 1880, la société Gower et des représentants de la société Bell fusionnent pour créer "La Compagnie des Téléphones". Cette société construit le premier central téléphonique à Paris. Parallèlement, la société Gower installe son central rue Neuve-des-Petits-Champs.

Ces sociétés utilisant du matériel différent, l'interconnexion est impossible. C'est donc pour cela que le 10 décembre 1880, les deux compagnies fusionnent et forment la "Société Générale des Téléphones".

L'Etat décide en 1884 d'installer des cabines publiques dans les bureaux de poste de Paris. Le téléphone apparaît comme une entreprise rentable alors l'Etat nationalise les différents réseaux. Le 1er septembre 1889, l'Etat met fin au régime des concessions.

En 1903 l'administration sort son premier modèle de téléphone : Le Pasquet (du nom du secrétaire général des PTT de l'époque).

PTT 24 - Modèle de l'administrationLe Pasquet est équipé d'un micro fixe et de deux écouteurs à anneaux. Ce modèle ne restera pas longtemps en service et la majorité de ces postes seront détruits.

 

 

 

 

A partir de 1905, l'administration décide d'uniformiser techniquement les postes installés sur le réseau français. En effet, la diversité des modèles, par la forme, la matière et surtout l'aspect technique, multiplie les difficultés de maintenance et de dépannage, ce qui conduit l'Etat à prendre cette décision unilatérale. Dorénavant, les modèles devront respecter des normes techniques.

 

Deuxième modèle de l'administration : le Marty 1910.

Côté équipement, il dispose d'un combiné posé horizontalement sur une fourche. Il est doté d'un écouteur supplémentaire.

La manivelle fait son apparition. Celle-ci servait à appeler l'opératrice. Le principe consistait à produire un courant électrique (en tournant la manivelle) qui faisait tomber un petit volet au central. L'opératrice savait alors que l'abonné souhaitait passer une communication. Ce modèle sera également commercialisé en version murale.

Bien étudié, solide, le modèle marty restera longtemps en fonction. On en trouvera sur le réseau jusque dans les années 60. Il fut remplacé par le modèle suivant le PTT24.

 

A la fin de la première guerre mondiale, la France est sous-équipée surtout dans les campagnes. Le sénateur de la Savoie, Edouard Machet dresse un état catastrophique du réseau et indique que plus de 43% des communes françaises n'ont pas le téléphone.

Les politiques se mobilisent pour vaincre l'isolement du monde rural. Paul Laffont, sous-secrétaire d'Etat aux Télégraphes appelle l'attention des conseils généraux sur l'intérêt de cet équipement.

En 1923, l'administration des PTT gagne son deuxième T pour "téléphone" et gère les télécommunications comme une entreprise à caractère commercial et industriel. L'administration débloque des fonds. Le ministre des PTT, Georges Mandel, décide de relancer et d'accélérer l'équipement. L'intérêt des pouvoirs publics restera modeste pendant près de cinquante ans.

 

Parallèlement, le modèle PTT24 est fabriqué.

Le cadran fait son apparition permettant d'appeler son correspondant sans passer par une opératrice. La matière change également, le métal remplace le bois. Plusieurs versions du PTT24 ont éxisté. Une version mobile, murale et aussi une version plus rare "type Américain".

 

 

 

En 1943 apparaît le modèle U43

L'administration sort une version de couleur noire et une version Ivoire dite de "Luxe".

 

 

De 1961 à 1965, les demandes d'abonnement sont multipliées par quatre. Or, en 1966 il faut en moyenne attendre trois ans pour être raccordé (trois jours aux Etats-Unis). Le téléphone est cher et fonctionne mal.

Des humoristes se sont moqués de ces débuts difficiles. Qui ne connaît pas  le "22 à Asnières"  qui illustre parfaitement la situation du téléphone en France en 1955 ? Une partie des Français attend le téléphone et l'autre... la tonalité.

En 1963 le modèle U43 est remplacé par le S63 (fabriqué par la société SOCOTEL)

Il est tout d'abord commercialisé dans une couleur grise en version mobile et murale. Quelques année après, pour remplacer ce gris un peu austère, quatre couleurs sont proposées : orange, ivoire, bleu, et kaki. Le cadran rotatif sera remplacé par des touches dans les années 80 avec l'installation de centraux électroniques.

 

 

C'est seulement à partir des années 1970 que la France rattrape son retard et se dote de l'un des réseaux de télécommunications les plus modernes au monde. En 1975, un plan d'actions est décidé afin de poser quatorze millions de lignes en sept ans.

L'administration fut initialement appelée "Postes et Télégraphes (P&T)", puis "Postes, Télégraphes et Téléphones (PTT)" et enfin "Postes et Télécommunications" à partir de 1959. La scission intervient en 1988 avec la création de France Télécom.

En janvier 1991, France Télécom devient exploitant autonome de droit public, en 1996 société anonyme. Le 18 octobre 1996, la numérotation téléphonique passe à 10 chiffres.  
En 1997, France Télécom ouvre son capital et entre sur les marchés boursiers de Paris et New York, en 1998 c'est l'ouverture totale du marché français des télécommunications à la concurrence.

En 2000,  France Télécom devient Orange et devient le n° 2 européen dans ce secteur d'activité. En octobre 2000, la téléphonie mobile compte 26 millions d'abonnés en France et la téléphonie fixe décline.